By Andre Maisonneuve

Ville balnéaire par excellence, Sarasota n’en a pas moins sa propre histoire, typiquement américaine, pour ne pas dire floridienne.

Ville balnéaire par excellence, Sarasota n’en a pas moins sa propre histoire, typiquement américaine, pour ne pas dire floridienne. Un homme l’a marquée du sceau de sa réussite professionnelle, dans les années 1920. John Ringling, cet enfant de la balle qui fit tant et si bien qu’il se retrouva à la tête du Ringling Brothers/Barnum and Bailey, un cirque qui planta ses chapiteaux dans toute l’Amérique du Nord et même en Europe. Et, durant ses tournées sur le Vieux Continent, Ringling trouva le temps de constituer une importante collection de tableaux de maîtres à faire pâlir de jalousie plus d’un châtelain.

Il faut dire que la résidence qu’il se fit construire sur la baie n’aurait pu contenir les Rubens, Velasquez, Poussin ou Titien qu’il avait su réunir. Il préféra faire édifier un musée dans son parc privé de 27 hectares. C'est petit Louvre en bord de mer dont l’architecture évoque un décor hollywoodien de la grande époque. Plus tard, il aura la bonne idée de léguer à la ville de Sarasota sa propriété, le musée et ses collections. Quant à Cà d’Zan - la maison de John en dialecte vénitien - elle non plus n’a rien d’une masure. Ce serait plutôt du genre Palais des Doges. Pas moins de 40 pièces, dont un salon avec galerie haut de neuf mètres et une salle de bal dont le plafond à caissons a été peint par Willy Pogany, le décorateur des Ziegfeld Follies.

Mais l’esprit d’entreprise de John ne s’en tint pas là. Il finit par devenir propriétaire d’à peu près le quart des terrains de la ville, y compris des îles qui lui font face. Ce sont ses propres éléphants qui transportèrent - cela ne s’invente pas - le bois nécessaire à la construction des levées pour aménager les routes et les canaux menant à St Armands Key et Lido Beach.

C’est sur cette lancée qu’un peu plus tard, en 1930, un journaliste local, David Breed Lindsay, acheta, à courte distance du Ringling Museum, un terrain marécageux jugé impénétrable. Peu à peu, il en fit un jardin exotique en y plantant une dense forêt d’arbres tropicaux ainsi que des milliers de plantes en provenance du monde entier. Aujourd’hui, Sarasota Jungle Gardens est un charmant petit zoo peuplé de flamants roses en liberté, de perroquets, de lémuriens et de toutes sortes d’animaux exotiques. Bref, un lieu magique pour les enfants.

Plus près du centre ville, le Marie Selby Botanical Gardens comprend notamment une galerie mondialement réputée pour ses plantes épiphytes. À tout moment, vous verrez des centaines d’espèces différentes d’orchidés. C’est aussi une jolie promenade dans 15 espaces soigneusement aménagés, dont celui réservé aux plantes odoriférantes, le jardin d’hibiscus ainsi que la mangrove, les bosquets de bambous et les banians.

Il fait bon aussi flâner au cœur même de cette ville aérée. En particulier à Towles Court où l’on peut visiter des ateliers d’artistes. Autour de Main Street, d’agréables rues ombragées où des maisons colorées abritent cafés et restaurants qui rappellent l’atmosphère d’une cité méridionale.

Sur les îles, directement reliées par la route au continent, il y a d’excellentes plages, comme Siesta Key, dont le sable fait de quartz pur crissant sous les pas du promeneur lui procure une étonnante sensation de détente.

De Lido Beach à Anna Maria Island, tout au long du Gulf of Mexico Drive, fleuri de lauriers roses et d’«impatiens», les plages se succèdent, tournées vers le golfe. Sur l’immense Coquina Beach, on peut souvent voir des dauphins côtoyer baigneurs et amateurs de surf. Surtout, ne manquez pas le coucher du soleil depuis cette plage publique aménagée autour de superbes pins d’Australie.

Dans le charmant village de Bradenton Beach, qui a des airs, en plus tranquille, de la célèbre Key West, en Floride du sud, un trolley conduit les baigneurs jusqu’à Anna Maria Island où de vieux pontons en bois donnent sur le large.

En franchissant le pont qui mène à Bradenton, sur le continent, le petit port de pêche de Cortez n’a guère changé depuis que des marins venus de Virginie ont décidé de s’y installer vers la fin du XIXe siècle. Ici, les bateaux partent pour des campagnes d’une quinzaine de jours pour y pêcher crevettes, mérous et crabes, qu’on peut déguster dans les restaurants du port.

Si vous êtes curieux des communautés amérindiennes et des pionniers, poussez jusqu’à Spanish Point, à une quinzaine de kilomètres au sud de Sarasota. Cette petite presqu’île a été aménagée comme un lieu de mémoire qui retrace la vie des Américains à travers le temps.

Vous y découvrirez en particulier «Window to the Past», un émouvant amas coquillier haut de 4 m, fait de débris de poterie, d’ossements et de coquilles, en ultime témoignage de la vie quotidienne des Indiens à l’époque de la préhistoire.

D’autres parcs se proposent au visiteur. Par exemple, à l’est de la ville, on trouve le Myakka State River Park, où l’on passerait volontiers des heures en canoë à observer la faune et la flore. À moins de préfèrer embarquer sur un hydroglisseur ou simplement se promener à pied ou à vélo dans une forêt habitée par des lynx, des chevreuils, des renards....

Le séjour à Sarasota mérite bien d’y consacrer trois bonnes journées, qu’on complétera volontiers par la visite de Tampa, à une heure de voiture au nord. Pour s’y rendre, on empruntera l’impressionnant Sunshine Skyway, le pont qui enjambe la baie jusqu’à St. Petersburg, puis le Howard Frankland Bridge qui relie cette dernière à Tampa. En route, on peut faire une halte à la Gamble Plantation d'Ellenton. Cette maison aux murs en tabby - mélange de chaux, de sable et de coquillages - est un vestige des plantations sucrières qui vous fera goûter encore à l’atmosphère si particulière de la Floride d’autrefois, celle du milieu du XIXe siècle.

En arrivant à Tampa, la première chose qui frappe, ce sont les minarets couleur argent surmontés de croissants dorés de l’imposant Henry B. Plant Museum (qui était autrefois le Tampa Bay Hotel). Que l’on ne s’y méprenne pas, puisqu’il s’agit bien d’un hôtel, et non d’un lieu de rassemblement religieux. Sa présence est due à l’initiative d’un magnat de la finance et des chemins de fer, Henry Bradley Plant, à une époque - les années 1890 - où l’architecture mauresque faisait fureur, en Amérique comme en Europe. Bâtie en plein milieu d’un parc, cette extravagance ne comportait pas moins de 500 chambres, toutes équipées du confort le plus moderne. Mobilier et objets décoratifs avaient été expédiés tout exprès d’Europe et d’Asie. De quoi remplir 80 wagons!

Sarah Bernhardt et la belle Anna Pavlova s’y produisirent dans le casino. Malheureusement, à la mort de son propriétaire, en 1899, l’hôtel périclita. Aujourd’hui, c’est en partie un musée tandis que l’université de Tampa s’est installée dans le reste du bâtiment.

Autre curiosité du centre-ville, le Tampa Theatre, où John Eberson, architecte spécialisé dans les cinémas, et notamment créateur du célèbre Grand Rex à Paris, avait voulu créer dans la salle une atmosphère à la fois romantique et méditerranéenne, et à la fois très décor de film. Il est vrai que tout cela date de 1926, à la veille de l’apparition du cinéma parlant. Cela explique sans doute le plafond bleu étoilé et incurvé, les balcons à colonnades et les statues antiques en façade de ce qui pourrait évoquer un palais de style italo-hispano-grec. Bref, une ambiance assez kitsch que ne déparerait pas la présence sur scène d’un Luis Mariano.

En ville, profitez du tramway qui vous mènera à Ybor City. A la fin du XIX é siècle, Vincente Martinez Ybor y installa ce qui allait devenir la plus grande manufacture de cigares du monde: jusqu’à 4000 employés y fabriquaient bon an mal an quelque 100 millions de cigares! Aujourd’hui, ne subsistent plus que quelques ateliers, tous situés sur la Septième Avenue. Autre trace de cette glorieuse époque: le restaurant Columbia est aux mains de la même famille depuis cinq générations. Aujourd’hui, on peut y servir 1700 couverts dans une quinzaine de salles, ouvertes peu à peu. Dans la première salle, le bar, le mobilier et la décoration n’ont guère changé depuis l’ouverture du restaurant en 1905.

Le plus ancien quartier de Tampa est celui de Hyde Park, au sud de Swann Avenue, entre Rome Avenue et South Boulevard. Dans ce périmètre, vous pourrez voir différents styles de maisons victoriennes noyées dans une magnifique végétation subtropicale à l’ombre de chênes centenaires. Vous poursuivrez alors cette visite par le tout proche Hyde Park Village, où se succèdent de belles boutiques et quelques-uns des plus agréables cafés-restaurants de Tampa.

Pour terminer ce séjour dans l'ouest de la Floride, il y a Tarpon Springs, la capitale des éponges, à courte distance au nord de Tampa. On vous y accueillera au son des bouzoukis. Ce village de pêcheurs, où les couleurs bleu et blanc dominent, est en effet un territoire grec. Et vous pourrez revenir sur Tampa par la charmante ville de Dunedin, dont les rues portent le plus souvent des noms d’origine écossaise. Un raccourci des États-Unis, en quelque sorte.